Jean-François ZIMMERMANN

Jean-François Zimmermann, né à Paris le 8 août 1946.
Après des études secondaires écourtées en 1963 par la brutale disparition de son père, il travaille en tant que pigiste dans une agence parisienne de documentation de presse. Ses obligations militaires accomplies, il se marie à Rennes et intègre l’équipe commerciale d’une entreprise de vins et spiritueux.
Beaucoup plus attiré par les lettres que par le commercial, il mène en parallèle une seconde activité plus conforme à ses espérances en collaborant avec plusieurs revues ainsi qu’avec le quotidien Ouest-France dont il devient correspondant de presse. Éclectique et curieux de tout, il apprend l’art de la photographie avec Robert Doisneau. Ses images font l’objet de nombreuses expositions et certaines d’entre elles sont primées lors de concours internationaux.
Il s’initie au pilotage automobile avec Jean-Pierre Beltoise et, au sein de l’Écurie Bretagne, effectue trois saisons de rallye.
Il voyage beaucoup, Amérique latine et Afrique, se ressource dans les sables sahariens et nourrit ainsi son imaginaire.
Nouvelliste, il participe à différents concours dont il est souvent l’heureux lauréat.
En 2007, il décide de consacrer l’essentiel de son temps à l’écriture et passe alors du texte court au roman.
Passionné d’Histoire, son univers de fiction rejoint celle-ci pour tricoter des intrigues dont la première se situe au Moyen Âge et les suivantes sous l’Ancien Régime.
Il vit désormais dans le Nord de la France et participe à la vie littéraire et culturelle de la région Bretagne par le biais de l’Association des Ecrivains Bretons et de la région Hauts-de-France par celui de l’Association des Auteurs des Hauts-de-France dont il est devenu le président en 2015.
Outre ses activités d’écriture, il donne des conférences et anime des débats traitant du rapport étroit existant entre le roman historique et l’Histoire, défendant ainsi sa vision du roman historique dans sa pure tradition.

Membre de l’Association des Ecrivains Bretons
Président de l’ADAN, Association des Auteurs des Hauts-de-France
Administrateur de l’AR2L, Agence Régionale du Livre et de la Lecture des Hauts-de-France

 

Le Roi des Halles

Qui était l’homme au masque de fer ? Voilà plus de trois siècles que les historiens s’échinent à résoudre cette énigme. Chacun d’entre eux détricote les versions de ses prédécesseurs. En l’absence de preuves irréfutables, force est bien de constater que de la quarantaine de thèses avancées, seule une demi-douzaine d’entre elles sont relativement crédibles, mais toujours sujettes à caution. Des dizaines de romanciers – et non des moindres tels Dumas, Féval, D’Aillon, Desprat, Benzoni, Hugo, Rostand– se sont emparés de cette veine quasi inépuisable pour laisser courir leur imagination avec plus ou moins de bonheur.

François de Vendôme, petit-fils d’Henri IV, duc de Beaufort, est un personnage, attachant à plus d’un titre, qui m’a fasciné. Moqué et décrié par certains de ses contemporains, admiré voire adulé par d’autres, il a d’abord suscité ma curiosité en raison de tous ces avis contraires. Sa mystérieuse disparition à Candie entourée de nombreuses interrogations restées sans réponses n’ont fait qu’exciter davantage mon intérêt pour lui. Une des thèses recevables, mais aujourd’hui battue en brèche, émise par plusieurs historiens des siècles passés, a vu en lui « le Masque de fer ». Les nombreuses plages d’ombre qui subsistent encore la décrédibilisent – encore que ! –, mais n’étant moi-même pas historien je m’accorde le privilège, en tant que romancier, de me l’approprier.

Ce roman est nourri par deux récits qui s’alternent, parfois se chevauchent. Rédigé à la première personne, le premier est le recueil des mémoires apocryphes du duc de Beaufort qu’il rédige en secret durant son incarcération, en forme d’instructions adressées à son neveu Philippe. Il y relate sans détour sa vie tumultueuse, ses exploits guerriers tant sur terre que sur mer – il était amiral de France –, ses nombreuses aventures amoureuses dont la plus importante à ses yeux est celle qu’il a eue avec la reine, Anne d’Autriche, ses complots ourdis contre Mazarin, son emprisonnement cinq ans durant à Vincennes suivi de sa spectaculaire évasion, ses états d’âme, ses doutes.

Le deuxième, rédigé par le narrateur omniscient, se déroule dans la forteresse de Pignerol. Dans une cellule de la tour d’en-bas est enfermé au secret le plus absolu celui que l’Histoire nommera « Le Masque de fer » en la personne du duc de Beaufort qui a rejoint là en 1669 un non moins célèbre personnage, le surintendant Nicolas Fouquet, emprisonné depuis la fin de son procès en 1665. Pour quelles raisons obscures le duc est-il détenu à Pignerol ? Il n’en a pas la moindre idée et son geôlier non plus, le gouverneur Saint-Mars, ancien compagnon d’armes de D’Artagnan. Cette interrogation qui le mine est le fil de tension qui mènera à l’épilogue. S’il représente un grand danger pour la Couronne, pourquoi son cousin le roi Louis XIV ne l’a-t-il pas éliminé ? En quoi a-t-il failli ? Il a officiellement disparu à Candie dans une bataille contre les Turcs, mais on n’a jamais retrouvé son corps et personne n’a été témoin de sa mort. Pourtant, quelques mois plus tard après sa disparition, le roi célèbre ses funérailles officielles devant un cercueil vide.

 

Ce roman trouve son origine dans la sympathie particulière que j’éprouve envers cet homme, François de Vendôme, duc de Beaufort. Ce digne petit-fils d’Henri IV, flamboyant comme un gascon, courageux jusqu’à la témérité, beau, aimable et aimé des femmes, avait de quoi séduire. Comme il se plaisait à le dire la lignée des Vendôme n’avait pas été souillée par le sang vicié des Florentins en la personne de l’épaisse banquière Marie de Médicis. Né d’Estrées, il se sentait plus Bourbon que le roi lui-même, Louis XIII et après lui Louis XIV, mais il était néanmoins un bâtard, ce que d’aucuns ne manqueront pas de lui rappeler durant toute sa vie. Cette vie fut brutalement interrompue à Candie alors qu’en tant qu’amiral de France à la tête des armées navales royales il menait un partie désespérée dont les dés étaient pipés bien avant l’engagement du combat. Malgré des recherches assidues auxquelles participèrent les Turcs, pourtant nos ennemis, son corps ne fut jamais retrouvé. Sa disparition en 1669 coïncida curieusement avec l’incarcération d’un mystérieux personnage dans la forteresse piémontaise de Pignerol. Le luxe de précautions dont il fut entouré pour que l’on ne puisse soupçonner son identité laisse à penser qu’il s’agissait d’un gentilhomme de haute lignée. Placé à l’isolement dans une cellule à triple portes, masqué, il lui était interdit d’adresser la parole à quiconque sous peine de voir son interlocuteur rayé du monde des vivants.
La légende du masque de fer était née.